Collectif sous la direction de Thierry LENTZ et Jean LOPEZ, Perrin,Tempus, 432 pages, 11 €
Avis de Sébastien
Une autre histoire de la guerre impériale
Longtemps façonnée par le récit héroïque imposé par Napoléon, puis entretenue par les mémorialistes du Consulat et de l’Empire, l’histoire de la « Grande Armée » demeure prisonnière de ses légendes. À force d’être relayées par une historiographie souvent complaisante, celles-ci ont fini par s’imposer dans l’imaginaire collectif comme des vérités incontestées.
Commandée par un génie réputé invincible, adoré de ses grognards, la Grande Armée est volontiers présentée comme le sanctuaire de l’héroïsme et l’incarnation parfaite de la méritocratie, où chaque soldat porterait dans sa giberne un bâton de maréchal.
Elle aurait ainsi volé de victoire en victoire jusqu’à son engloutissement en Russie par le fameux « général Hiver », avant de livrer d’ultimes combats grandioses, de la campagne de France à Waterloo.
Une défaite, cette dernière, que l’on attribue tour à tour à l’incurie de Grouchy, à la fougue désordonnée de Ney, aux trahisons ou à la météo, plutôt qu’aux erreurs de Napoléon lui-même.
Face à cette légende dorée s’est construite une légende noire, nourrie notamment par les traditions anglaise et royaliste.
Elle a imposé quelques thèmes durables : l’hostilité supposée de Napoléon à toute forme de progrès, son mépris de la vie humaine avec le fameux « million de morts », l’invulnérabilité d’Albion, ou encore la supériorité écrasante de ses adversaires sur mer comme dans le combat d’infanterie.
Pour démêler le vrai du faux, Thierry Lentz et Jean Lopez ont réuni une équipe de véritables spécialistes afin d’examiner une vingtaine de ces idées reçues parmi les plus célèbres. Leurs contributions, à la fois rigoureuses, vivantes et souvent surprenantes, éclairent d’un jour neuf des épisodes que l’on croyait connaître.
Un exercice salutaire, qui renouvelle en profondeur notre lecture de l’histoire napoléonienne.
Pourquoi le blocus continental ne pouvait pas fonctionner,Napoléon contrebandier de son propre blocus, les effets de la propagande impériale, insoumission et désertion, les raisons de l'échec de 1814, sont autant de thèmes traités parmi d'autres, de manière précise, succincte et à l'appui d'une bibliographie solide.
Un autre point de vue sur les armées de l'Empire, parfois sociétal, économique ou politique, on s'éloigne de la dimension organisationnelle ou du fait militaire.
A lire pour en savoir plus.
Bernard Cottret ,Tempus, 784 pages, 12.50 €
Avis de Christophe
La Révolution américaine : La quête du bonheur (1763-1787) de Bernard Cottret est une synthèse historique qui retrace la naissance des États-Unis, de la crise de l’Empire britannique à l’adoption de la Constitution.
Thèse centrale et approche
Bernard Cottret inscrit cet ouvrage dans l’esprit des Lumières : les colons américains, influencés par les idées européennes (Locke, Montesquieu, etc.), cherchent à fonder une société nouvelle fondée sur la liberté, l’égalité (limitée), les droits naturels et la « poursuite du bonheur » (comme l’énonce la Déclaration d’Indépendance de 1776). L’auteur insiste sur la singularité de cette révolution par rapport à la Révolution française : elle est plus une guerre d’indépendance et une construction institutionnelle qu’une rupture violente avec le passé. Elle aboutit à une république durable, tandis que la France connaîtra de multiples régimes.
La crise de l’Empire (1763-1773) Après la victoire britannique dans la guerre de Sept Ans (1756-1763), qui élimine la menace française en Amérique du Nord, Londres cherche à faire payer les colonies pour rembourser ses dettes (via des taxes comme le Stamp Act ou le Townshend Acts). Les colons, sans représentation au Parlement, dénoncent la « taxation sans représentation ». Bernard Cottret décrit la montée des tensions, l’émergence d’une identité américaine précoce (déjà visible dans les projets d’union comme le Plan d’Albany de Franklin en 1754), et le rôle des élites (marchands, planteurs, juristes).
La guerre d’Indépendance (1775-1783) De la révolte (Bataille de Lexington) à la victoire. L’auteur couvre la Déclaration d’Indépendance (1776), le rôle clé de figures comme Washington, Jefferson, Franklin, et l’alliance décisive avec la France (qui fournit troupes, flotte et finances). Il analyse la stratégie militaire, les difficultés logistiques britanniques, le rôle des loyalistes et la violence constitutive de la nation. La victoire de Yorktown (1781) et le traité de Paris (1783) scellent l’indépendance.
La construction de la République (1783-1787) Après la guerre, les Articles de la Confédération s’avèrent insuffisants (faiblesse du pouvoir central). La Convention de Philadelphie (1787) aboutit à la Constitution fédérale : équilibre entre États et gouvernement central, séparation des pouvoirs, fédéralisme. Bernard Cottret détaille les débats (fédéralistes vs anti-fédéralistes), le Bill of Rights (ajouté plus tard), et les compromis (notamment sur l’esclavage, qui reste un point de tension majeur).
La partie militaire est très très survolée, les batailles sont décrites en quelques lignes c’est plus un ouvrage généraliste mais qui permet de se faire une bonne idée de cette période. Parfois aussi un récit trop factuel ou centré sur les élites, avec moins d’analyse des fondements intellectuels ou des dynamiques sociales populaires.
En résumé, ce livre est une référence pour comprendre les origines des États-Unis comme une « révolution conservatrice » réussie : rupture avec la métropole mais continuité dans un cadre républicain innovant, qui influence encore aujourd’hui le monde moderne. Il est particulièrement utile pour comparer avec la Révolution française.
Si vous cherchez une vue d’ensemble érudite et accessible (malgré sa densité), c’est un excellent choix.
André Fontaine, Points, 576 pages, 13.95 €
Avis de Philippe B.
Histoire de la Guerre Froide de André Fontaine
André Fontaine est un ancien rédacteur en chef du monde. Si il n'a pas vécu de l’intérieur les événements qu'il relate, il en a été très proche au moins pour la partie qui lui est contemporaine.
Le reste, c'est sa culture de l'histoire, sa méticulosité et sa posture de journaliste, qui se veut objective, qui le fait.
Son postulat est d’enraciner la guerre froide dans les événements qui ont conduit a la révolution d'Octobre 1917. Et de la les événements historiques sont presque tous liés les uns aux autres. Les erreurs, les ambitions qui condamnent, et les préjugés deviennent évidents a travers le prisme de l'histoire qui c'est bien connu ne repasse jamais les plats ... ou pas
Tous les événements sont démontés comme de la mécanique, les décisions et leurs raisons réelles ou supposées. Les enchainements en série ou en parallèle.
Pas facile a lire car la densité est surprenante, et la chronologie ne suffit pas toujours pour relater tout ça. Mais au bout du compte aussi prenant qu'un thriller ... sauf que c'est vraiment arrivé
Philip HUYSE, Tallandier, Texto Semi Poche, 384 pages, 11 €
Avis de Christrophe
Dernière lecture du moment « La Perse antique » de Philip Huyse aux éditions TEXTO est une synthèse claire et accessible sur la civilisation perse/iranienne antique, du VIe siècle av. J.-C. au VIIe siècle apr. J.-C.
Philip Huyse, spécialiste de l’Iran préislamique, vise à détruire le préjugé tenace (issu en grande partie des sources grecques comme Hérodote) qui présente les Perses comme des barbares sauvages et décadents. Il montre au contraire une grande civilisation, créatrice du premier empire-monde de l’histoire (entre le Nil et l’Indus), qui a rayonné sur trois continents et influencé durablement l’histoire, la culture et les religions.
Le livre est organisé thématiquement après une partie historique :
I. L’Histoire : Les Achéménides (Cyrus, Darius, etc.), Alexandre et les Séleucides, les Arsacides (Parthes), les Sassanides.
II. L’Empire : Capitales (Persépolis, Ctésiphon…), infrastructures (routes royales, irrigation).
III. Organisation politique et sociale : Classes sociales, administration, droit, justice, finances, armée.
IV. Vie économique : Agriculture, artisanat, commerce, monnaies, salaires.
V. L’espace et le temps : Géographie, calendriers, fêtes, rites de passage.
VI. Les religions : Zoroastrisme/mazdéisme (évolutions à travers les périodes), manichéisme, mazdakisme, christianisme (nestorianisme), judaïsme, mithraïsme, etc.
VII. Littérature et savoirs : Langues, écriture (société majoritairement orale), Avesta, tradition nationale, inscriptions, sciences.
VIII. Les arts : Architecture, sculptures, arts décoratifs, musique et danse.
IX. Les loisirs : Chasse, équitation, banquets, jeux.
X. La vie privée : Noms, habitat, éducation, étiquette de cour, femmes et famille, sexualité, costumes.
Points forts et approche
Philip Huyse insiste sur la tolérance relative des Perses envers les peuples conquis et leurs croyances (ils intègrent souvent les élites locales et respectent les cultes).
La Perse est présentée comme un carrefour culturel majeur : influence sur la Route de la Soie, échanges avec la Grèce, Rome/Byzance, et rôle clé dans l’histoire des religions (naissance du manichéisme, importance du zoroastrisme, etc.).
C’est un ouvrage de vulgarisation savante, idéal pour qui veut découvrir ou approfondir l’histoire et la civilisation iranienne antique sans entrer dans des monographies trop pointues.
Excellent livre pour découvrir, ça me donne envie d’approfondir séparément les 3 empires, Achéménide, Arsacide et Sassanide.