Collectif, La revue du dialogue entre civils et militaires , 203 p, 13 €
Avis de Sébastien
Inflexions est une revue de sciences humaines et sociales éditée par l’Armée de terre française, mais elle dépasse largement le cadre strictement militaire pour s’adresser à un public amateur de réflexion stratégique, historique et sociétale.
Voici le numéro 61 qui nous permet de ralentir, de nous débarrasser du superflu, des supers flux, pour apprécier, prendre le temps de réfléchir et d'appréhender la patience stratégique.
Charles Wright nous propose un essai sur la lenteur ou la vie à haute intensité, à vous de choisir, en ce qui me concerne cela m'a donné envie de le lire un peu plus en le suivant sur le chemin des estives :
https://editions.flammarion.com/le-chemin-des-estives/9782080236463
Michel Yakovleff évoque le concept d'attente stratégique, le cycle OODA , orienter, observer, décider,agir, la faute provoquée et nous démontre qu'attendre, ce n'est pas être passif. Un article passionnant et éclairant sur la prise de décision et la prise de risque en matière stratégique.
La campagne de France de 1940 n'aurait pas été la même si les armées françaises ne s'étaient pas précipitées au Nord.
Jean Michelin fait l'éloge du ralentissement et le présente comme vertu pédagogique.
Ralentir , répéter, s'attacher à l'exactitude, concept d'apprentissage et pédagogie militaire.
Rémi Allemand nous présente le programme ALCYON de la marine nationale dédié à l'apprentissage de la pleine conscience, une technique de méditation athée dont les bénéfices sont attestés afin de réduire le stress.
Et beaucoup plus !
Vous trouverez ici le dossier complet de ces essais :
https://inflexions.net/la-revue/61
Je profite de l'occasion pour vous mettre à disposition le lien qui permet de consulter gratuitement TOUS LES ARTICLES DE TOUS LES NUMÉROS depuis le n°2 à 56 de cette excellente revue !
https://inflexions.net/parution-liste
Je vais avoir de la lecture ...
Christophe PRIME, Tallandier, Texto demi poche, 288 pages, 9 euros.
Avis de Christophe
Déclenchée avec le Débarquement du 6 juin 1944, la bataille du Cotentin représente pour les Alliés un objectif vital : s’ancrer durablement sur le sol français et sécuriser un grand port en eau profonde (Cherbourg) pour permettre le ravitaillement massif des troupes. Christophe Prime, historien spécialiste de la Seconde Guerre mondiale et responsable des collections au Mémorial de Caen, raconte ces deux mois d’une violence extrême qui concluent véritablement la phase du Débarquement.
Le déroulement de la bataille
Après la prise initiale des plages, les troupes américaines du général Bradley (1re armée US) s’engagent dans une progression extrêmement difficile dans le bocage normand et les marais du Cotentin. Le paysage, avec ses haies épaisses, ses bosquets et ses talus, se transforme en un véritable labyrinthe défensif idéal pour les Allemands. Chaque haie devient un nid de résistance, transformant l’avance en une guerre d’usure sanglante et coûteuse.
26 juin 1944 : Les Américains s’emparent de Cherbourg après des combats acharnés. C’est une victoire symbolique et stratégique (le port est vital), mais illusoire car la ville et le port sont ravagés.
Les pertes sont lourdes : à la Haye-du-Puits, par exemple, près de 10 000 GI meurent pour gagner seulement une dizaine de kilomètres.
Les villes comme Saint-Lô sont rasées par les bombardements alliés ; la population civile est en exode massif.
Les Allemands, bien que inférieurs en nombre et en matériel, opposent une résistance acharnée grâce à une excellente connaissance du terrain, des fortifications de campagne et des ordres souvent fanatiques d’Hitler (qui donne des instructions contradictoires).
Le dénouement : l’Opération Cobra
La bataille culmine avec l’Opération Cobra (25 juillet 1944) : un gigantesque « tapis de bombes » pulvérise les lignes allemandes. Les blindés de Patton exploitent la percée, foncent vers Avranches, la Bretagne et le Mans. Malgré une contre-offensive désespérée (notamment de la 2e division SS « Das Reich »), les Allemands ne peuvent plus contenir l’avancée alliée. Hitler sacrifie ses meilleures unités, précipitant la défaite en Normandie. Le Débarquement est alors véritablement achevé.
En conclusion
En résumé, ce livre raconte comment une victoire rapide espérée s’est transformée en une bataille d’attrition cauchemardesque dans le bocage, avant que la supériorité aérienne et matérielle alliée ne permette la percée décisive qui libérera la Normandie et ouvrira la route vers Paris et l’Allemagne. Un excellent ouvrage pour comprendre l’une des campagnes les plus dures de la Seconde Guerre mondiale en Europe occidentale.