Aérion group , 114 p 7,95 €
Numéro 184
Avis de Sébastien
DSI : Défense & Sécurité Internationale est une revue spécialisée dans les questions militaires, stratégiques et géopolitiques.
Créée en 2005 et publiée par Areion Group, elle paraît aujourd’hui tous les deux mois et s’est imposée comme l’une des principales publications francophones consacrées à la défense.
DSI se distingue par une approche analytique des questions d'actualité d’actualité militaire.
Ses articles sont rédigés par des chercheurs, universitaires, officiers, spécialistes du renseignement, analystes et experts des systèmes d’armes.
La revue s’intéresse aussi bien à la stratégie et à l’évolution des conflits qu’aux doctrines d’emploi, aux forces armées, à l’industrie de défense et aux nouvelles technologies militaires. Drones, guerre électronique, cyber, missiles, artillerie, forces terrestres, aériennes ou navales, dissuasion nucléaire et retour de la guerre de haute intensité y occupent actuellement une place importante.
Chaque numéro mêle ainsi veilles stratégiques et industrielles, analyses de conflits, études doctrinales, présentations de matériels, cartes, tableaux de forces et fiches techniques.
Pour un amateur de stratégie ou de wargame, c’est également une excellente source pour replacer les unités, les équipements et les scénarios dans leur contexte opérationnel réel.
En juillet-août 2026, la revue en est à son n°184, un volume de 116 pages consacré notamment à la stratégie nucléaire chinoise !
La partie sur les industries de défense, les contrats, les points de situations sur les capacités d'une force permettent de se rendre compte des équilibres et des trajectoires technologiques et géo stratégiques.
Ça, c'est très bien, surtout si on lit la revue depuis plusieurs mois ou années, on perçoit les continuités et les ruptures.
Les chroniques, penser la guerre, les opérations ou art de la guerre, sont de mon modeste point de vue de qualité inégale, parfois le niveau de langage choisi, perd le lecteur, à vouloir trop cibler des universitaires, certains passages peuvent induire de la confusion, trop de rhétorique venant faire perdre de la force au sens.
On peut exprimer simplement des concepts complexes.
Ce mois j'ai particulièrement apprécié l'article sur la ruse sonore dans le combat terrestre.
La partie dédiée aux technologies me semble accessible et équilibrée, très intéressante.
Pour les passionnés, je recommande vivement DSI et sa nouvelle formule !
Vous aurez parfois un coup d'avance.
Groupe SCIENCE & VIE, 98 p, 7.70 €
Numéro 92
Avis de Sébastien
Guerres & Histoire est un magazine français consacré à l’histoire militaire et à la stratégie.Il paraît tous les deux mois.
Il explore toutes les périodes, de l’Antiquité aux conflits contemporains, avec une approche à la fois rigoureuse et accessible.
A noter que le directeur de rédaction actuel est Jean Lopez, historien militaire bien connu. Un gage de qualité.
Chaque numéro propose de grands dossiers, des récits de campagnes, des portraits de personnages historiques, des analyses d’équipements, des échanges avec des vétérans.
L’un de ses principaux atouts est son iconographie particulièrement riche : cartes de batailles, photographies d’archives, schémas, illustrations et tableaux permettent de suivre facilement les opérations militaires et de comprendre les choix des différents protagonistes.
La revue couvre un champ historique très large : guerres antiques et médiévales, guerres napoléoniennes,
Première et Seconde Guerres mondiales, conflits coloniaux, guerre froide ou conflits plus récents.
En août 2026, le n°92 consacre notamment son dossier principal à la première phase de la guerre de Cent Ans, tandis que les numéros précédents ont traité de César et Pompée, de la guerre de Corée ou encore de l'armée ottomane.
De mon point de vue, Guerres & Histoire constitue une excellente passerelle entre la vulgarisation historique et l’analyse militaire, accessible à tous.
Eric Tréguier, PERRIN éditions, collection Champs de bataille, 312 p, 25 €
Avis de Christophe
Dernière lecture, Marathon –490 : une bataille à reconstruire d'Éric Tréguier (éditions Perrin).
L'ouvrage propose une relecture approfondie de la célèbre bataille de Marathon, qui opposa en 490 av. J.-C. les Athéniens et leurs alliés Platéens aux forces de l'Empire perse.
Plutôt que de reprendre le récit héroïque transmis depuis l'Antiquité, Éric Tréguier cherche à distinguer les faits historiques du mythe en s'appuyant sur les recherches les plus récentes en histoire militaire, archéologie, étude des sources antiques et analyse du terrain.
Déconstruire le mythe de Marathon : l'auteur montre que l'image traditionnelle d'une poignée de Grecs sauvant la démocratie face à une immense armée perse repose en grande partie sur des récits rédigés plusieurs décennies après les événements et influencés par les intérêts politiques d'Athènes.
Réévaluer les forces en présence : Eric Tréguier remet en cause plusieurs idées reçues, notamment l'écart supposé gigantesque entre les effectifs grecs et perses, l'image d'une armée perse désorganisée ou encore celle d'une victoire grecque aussi simple qu'inévitable. Il restitue un affrontement beaucoup plus incertain et complexe.
Comprendre la naissance d'un mythe politique : après la bataille, Marathon devient progressivement un symbole.
Les Athéniens en font un pilier de leur identité civique, les Romains y voient un précédent historique, puis les époques modernes transforment cette victoire en emblème de la liberté face au despotisme. L'auteur montre comment chaque époque a réinterprété l'événement selon ses propres besoins.
Le mythe du messager : le célèbre coureur qui aurait parcouru la distance jusqu'à Athènes pour annoncer la victoire avant de mourir est lui aussi réexaminé. Eric Tréguier explique que cette histoire est probablement une construction postérieure, bien que son héritage ait donné son nom à l'épreuve sportive moderne du marathon.
En résumé
Éric Tréguier ne cherche ni à minimiser l'importance de Marathon ni à démolir sa réputation. Son objectif est de montrer comment un fait militaire réel est devenu, au fil des siècles, un récit fondateur de la civilisation occidentale. Le livre invite le lecteur à distinguer l'histoire de la mémoire et à comprendre les mécanismes qui transforment une bataille en légende.
C'est un essai de vulgarisation historique, rigoureux mais accessible, qui intéressera autant les passionnés de la Grèce antique que les lecteurs curieux de voir comment se construisent les grands mythes de l'Histoire.
Un livre bien écrit, passionnant je le conseille fortement.
Dadid Gilman,édité par Head of Zeus, 14 € + livraison ( UK )
Avis d'Asdel
Lecture du moment : série Master of War.
Je découvre petit à petit les joies des romans historiques anglo saxons.
Master of War en fait partie, avec une série qui commence un peu avant Crécy et continue pour le moment jusqu'à la fin des années 1360 au neuvième tome.
Le premier tome commence sur l'arrestation de Thomas Blackstone, jeune maçon de 17 ans, par le bailli pour un meurtre qu'il n'a pas commis avec son frère. Ils ont le choix, la pendaison ou partir rejoindre l'armée d'Edward troisième du nom parti conquérir la France. Thomas est maçon, mais c'est aussi le fils d'un père anglais, redoutable archer qui lui a tout appris.
Sans surprise, sinon le roman tournerait court rapidement, voilà nos deux frangins sur un bateau pour la côte Normande. Ils accompagnent un chevalier comme archers, et participent à tous les combats de la campagne. Prise de Caen, passage du gué de Blanchetaque et bataille de Crécy incluse.
Lors de cette bataille, Thomas est blessé gravement. Et envoyé dans la famille d'Harcourt pour être soigné. Aux mains de l'ennemi, il va apprendre les codes de la chevalerie, et l'art de la guerre....
Ce premier tome a tous les poncifs d'un bon roman d'aventure, rencontre avec son amoureuse, élévation au rang de chevalier après un acte "héroïque", apprentissage du guerrier. C'est plaisant et se lit bien. On voit que l'auteur est un passionné d'HEMA et lui-même historien. Le rythme est bon, et n'a rien à envier à un Bernard Cornwell.
J'ai énormément apprécie ma lecture de ce premier tome, qui se poursuit dans une longue série.
On y retrouvera Thomas Blackstone et sa famille traqué par des vilains français, mais aussi participant à des évènements historiques majeurs (Poitiers, Jacquerie, siège de Rheims...). Et se faire de nouveaux ennemis comme les dangereux Visconti avec leur bannière armée d'une vipère.
L'inspiration principale est la vie de John Hawkwood, et j'ai trouvé plaisant la balade dans les tomes entre l'Italie et la France.
Une bonne série à lire pour les amateurs de la période de la guerre de cent ans. Non traduite à ma connaissance
Pieter M. Judson, PERRIN éditions, 608 p, 27 €
Avis de Christophe
Dernière lecture, L’Empire des Habsbourg, de Pieter M. Judson, est une synthèse révisée et novatrice de l’histoire de la monarchie des Habsbourg, principalement du milieu du XVIIIe siècle jusqu’à sa disparition en 1918 (avec un regard sur les lendemains).
Pieter Judson rejette radicalement la vision traditionnelle de l’Empire comme une « prison des peuples » dysfonctionnelle, anachronique, minée par les nationalismes ethniques et linguistiques, et vouée inévitablement à l’effondrement. Il montre au contraire un État qui s’est modernisé, a construit des institutions communes efficaces et a suscité un attachement réel chez une partie importante de ses sujets (citoyens ordinaires, administrateurs, soldats, etc.), au-delà des divisions linguistiques, religieuses, régionales ou historiques. L’Empire n’était pas condamné avant 1914 ; la Première Guerre mondiale a été la cause principale de sa fin, et non un simple accélérateur d’un déclin déjà amorcé.
Structure et parcours chronologique
L’ouvrage suit un ordre chronologique en huit chapitre, centrés sur le fonctionnement interne de l’État, les institutions, l’administration, la relation État-société et la manière dont les populations se sont appropriées (ou contesté) l’Empire :
Les réformes du XVIIIe siècle (Marie-Thérèse, Joseph II) : transformation d’un ensemble de territoires « accidentels » en un État plus unifié et centralisé. Création de liens directs entre le souverain et les sujets, émancipation progressive des paysans, développement de l’administration, de l’éducation et d’une culture juridique commune.
Première moitié du XIXe siècle et 1848 : contradictions de l’Empire (modernisation vs. contrôle), développement de la société civile (associations, cafés, etc.). Les révolutions de 1848 mêlent enjeux nationaux, sociaux et politiques, mais ne sont pas uniquement des soulèvements « nationaux » contre l’Empire ; beaucoup d’acteurs restent loyaux à la dynastie ou au cadre impérial.
Après les défaites militaires (Solférino 1859, Sadowa 1866) et le Compromis de 1867 : naissance de la Double Monarchie austro-hongroise (Autriche-Hongrie). L’Autriche conserve un caractère pluriculturel et multiconfessionnel, tandis que la Hongrie mène une politique plus assimilationniste. L’Empire continue de se moderniser (écoles, justice, chemins de fer, progrès scientifiques et artistiques, hausse du niveau de vie).
Fin du XIXe – début du XXe siècle : l’« empire du quotidien ». Les institutions impériales permettent aux populations de négocier leurs intérêts locaux et culturels. Les nationalismes se développent à l’intérieur du cadre impérial et en tirent souvent des ressources (éducation, droit, administration). Ils ne sont pas simplement des forces de destruction, mais aussi le produit des politiques de modernisation et de mobilisation des Habsbourg. Beaucoup de citoyens voient l’Empire comme « leur » maison commune.
La guerre et l’effondrement (1914-1918/années 1920) : la guerre radicalise l’État, érode sa légitimité et provoque l’effondrement. Les États-nations successeurs (Tchécoslovaquie, Pologne, Yougoslavie, etc., plus les États agrandis) héritent souvent des pratiques, institutions et même des logiques « impériales » des Habsbourg ; ce ne sont pas de purs triomphes de l’autodétermination nationale.
En résumé, Judson propose une « nouvelle histoire » qui replace l’Empire au centre, comme un acteur dynamique et souvent efficace de modernisation et de gouvernance d’une société plurielle, plutôt que comme un simple décor de conflits nationaux.
Personnellement je n’ai pas aimé ce livre je ne dis pas qu’il est mauvais loin de là mais ce n’est pas ce que j’attendais de ce livre.
L’auteur a une approche historique proche de Braudel de type « l’école des annales », je m’attendais à une histoire politique de l’empire mais c’était principalement une étude sociale des Habsbourgs.