Antoine Bourguilleau, Passés Composés Humensis, avec le ministère des Armées, 272 p.
25 €
Préface d’Hervé Drévillon
Avis de Sébastien
Jouer la guerre n’est pas seulement une histoire des jeux de guerre.
Antoine Bourguilleau cherche surtout à comprendre comment le wargame est progressivement devenu un outil permettant de penser la guerre.
Le livre retrace cette évolution, depuis les échecs militaires et les premières représentations du champ de bataille jusqu’aux simulations utilisées aujourd’hui par les états-majors, les universités et les analystes.
L’idée centrale de l’ouvrage peut se résumer simplement : l’intérêt du wargame ne réside ni dans sa capacité à reproduire parfaitement la guerre, ce qu’aucune simulation ne peut réellement faire, ni dans sa seule dimension ludique.
Sa véritable force est ailleurs : il place le joueur face à des choix, des contraintes, de l’incertitude et un adversaire qui possède lui aussi sa propre volonté.
Le wargame est donc moins une reproduction exacte de la guerre qu’un moyen d’en expérimenter certaines dynamiques et de mieux comprendre les problèmes auxquels sont confrontés ceux qui doivent prendre des décisions.
L’ouvrage est à la fois une histoire du Kriegsspiel, une histoire du wargame commercial, une réflexion sur la formation militaire et, plus largement, une interrogation sur la manière dont il est possible de modéliser l’histoire.
L’une des idées les plus convaincantes du livre est qu’un bon wargame ne doit pas chercher à reproduire la guerre dans ses moindres détails. Il doit avant tout sélectionner les mécanismes qui permettent au joueur d’être confronté aux problèmes essentiels de la situation représentée.
La qualité d’un wargame ne se mesure donc pas au nombre de règles qu’il possède, mais à la qualité des décisions qu’il oblige le joueur à prendre.
Cette étude, très complète, scientifique, est agréable à lire.
Antoine Bourguilleau prend le temps de définir les notions essentielles, de poser les grands jalons historiques du wargame, d’aborder les questions de conception et d’élargir son propos à des sujets plus complexes, notamment les dimensions éthiques de la simulation de guerre.
J’ai également été agréablement surpris de voir l’auteur accorder une place importante à la RAND Corporation, dont le rôle a été déterminant dans le développement du wargame contemporain, aussi bien dans le domaine militaire que civil.
J’en profite donc pour remettre ici le lien vers mon article consacré à ce sujet :
https://www.jstrategies.fr/accueil/articles/les-wargames-du-pentagone
Je conseille la lecture de cet ouvrage au passionnés du wargaming !
François Menant, Hervé Martin, Bernard Merdrignac, Monique Chauvin, Tempus, 848 p, 13 €
Avis de Christophe
Dernière lecture du moment, « Les Capétiens 987-1328 » (collection Tempus, éditions Perrin, 2008) est un ouvrage collectif de référence rédigé principalement par François Menant, avec Hervé Martin, Bernard Merdrignac et Monique Chauvin.
Il analyse en profondeur les 350 ans de règne de la dynastie capétienne directe, d’Hugues Capet (élu en 987) à la mort de Charles IV le Bel (1328, sans héritier mâle), qui marque le passage aux Valois. L’ouvrage montre comment quinze souverains ont progressivement façonné la France : ils ont construit un État, élargi le domaine royal, fixé des frontières, développé une administration, légiféré, et favorisé l’essor des villes, châteaux et cathédrales. Malgré guerres, épidémies et hérésies, le royaume émergé comme la première puissance d’Europe vers 1300, à partir d’une mosaïque de fiefs, provinces, langues et coutumes.
Le livre est structuré chronologiquement en trois grandes parties, complétées par des chapitres thématiques (société, Église, art, croisades, villes, etc.) et de nombreuses annexes (chronologie, cartes, bibliographie, etc.).
Elle décrit un royaume faible à l’avènement d’Hugues Capet, issu des Robertiens. Le domaine royal est réduit (autour de Paris et Orléans), et le pouvoir des premiers rois (Hugues Capet, Robert II le Pieux, Henri Ier, Philippe Ier) reste limité face aux grands féodaux surtout le duc de Normandie futur roi d’Angleterre. On y traite de l’Église, de la société, des campagnes et de l’art roman. C’est l’époque des « balbutiements » : pacification du domaine et consolidation progressive de la légitimité dynastique (hérédité de fait, sacre).
Sous Louis VI le Gros (reconquête du domaine royal face aux sires turbulents, avec Suger), Louis VII (affirmation discrète, affrontement avec les Plantagenêts) et surtout Philippe Auguste (1180-1223), le pouvoir royal se renforce nettement. Philippe Auguste multiplie les conquêtes (Bouvines en 1214, annexion de la Normandie, etc.), organise l’administration et transforme le roi des Francs en véritable monarque, roi de France. L’art gothique et les croisades sont aussi abordés.
Louis VIII, puis Saint Louis (Louis IX, 1226-1270) consolidant le prestige (croisades, justice, piété, canonisation), Philippe III le Hardi, Philippe IV le Bel (1285-1314, avec ses « affaires » : Templiers, conflits avec le pape, fiscalité) et les derniers Capétiens (Louis X, Philippe V, Charles IV). Le domaine royal s’étend massivement, l’État s’organise (baillis, sénéchaux, etc.), et la France devient dominante. La mort de Charles IV sans fils mâle met fin à la branche directe.
L’ouvrage resitue constamment la France dans le contexte européen et mondial de l’époque. Il insiste sur le « miracle » de la continuité dynastique (succession père-fils sur treize générations) et sur la construction progressive d’une monarchie forte à partir de bases modestes.
Un livre passionnant sur une très grande dynastie, la France a une histoire tellement riche et bien avant la révolution française.