Allemagne 1933
nrf essais, Gallimard . 402 p, 23,80 €
Avis de Sébastien
Je viens de terminer la lecture de cette étude, qui s’inscrit dans la continuité des Irresponsables, du même auteur, dont vous trouverez une présentation ici.
Alors que Les Irresponsables nous conduisait jusqu’en janvier 1933, La Bascule retrace de manière très détaillée les six mois suivants.
La première partie, un peu aride, propose une brève incursion dans l’uchronie. L’exercice me semble moins convaincant que les chapitres historiques, dans lesquels l’auteur excelle à mêler la grande histoire, les anecdotes et les portraits des acteurs, dont il éclaire les caractères et les motivations.
Cette lecture, complémentaire de celle des Irresponsables, m’a beaucoup appris.
L’analyse entre dans le détail des mécanismes du pouvoir et montre comment le contrôle social, imposé sans rencontrer de résistance majeure, finit par s’immiscer jusque dans les potagers des Allemands …
L’ouvrage éclaire également les tensions liées aux recompositions territoriales et aux déplacements de population dans l’Europe de l’après-Première Guerre mondiale.
Il évoque notamment le sort des Juifs venus d’Europe orientale, en particulier de Pologne et d’Ukraine, pour échapper aux persécutions et chercher refuge en Allemagne dans les années 20.
Les nazis ont exploité les préjugés et les inquiétudes suscitées par ces transformations, désignant les Juifs comme boucs émissaires au service de leur conquête du pouvoir et de leur idéologie.
Là où Les Irresponsables identifie les forces sociales et les responsabilités qui ont permis l’arrivée des nazis au pouvoir, La Bascule montre comment ceux-ci ont consolidé leur emprise et transformé l’Allemagne en dictature, en quelques mois seulement.
Solidement documenté, l’ouvrage repose sur une démarche scientifique rigoureuse, malgré quelques passages un peu trop denses à mon goût.
Une réserve, cependant : l’épilogue peut se lire comme une prise de position politique, tant l’auteur insiste sur les analogies entre la situation actuelle et celle de 1933.
Ce rapprochement me paraît davantage prêter à discussion que le reste de l’étude.
Cela ne retire rien à l’intérêt de ce travail, dont la lecture demeure particulièrement instructive.